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Signature énergétique : ce que la droite consommation-DJU dit de votre bâtiment

Tracez la signature énergétique de votre bâtiment, lisez ses écarts et repérez une dérive de chauffage sur vos historiques GTB.

Adrien Lafond
13 min de lecture

Depuis le 1er janvier 2025, la GTB d'un bâtiment du secteur tertiaire dont les systèmes CVC dépassent 290 kW doit savoir détecter une perte d'efficacité[1][1]RéglementationLégifrance, « Décret n° 2020-887 du 20 juillet 2020 relatif au système d'automatisation et de contrôle des bâtiments non résidentiels et à la régulation automatique de la chaleur », codifié aux articles R.175-1 et suivants du CCHVoir dans les sources ↓. Le décret ne dit pas à quoi elle ressemble. La signature énergétique en donne la forme la plus simple : une droite qui relie le chauffage au froid. Voici comment la tracer, lire ses écarts et vérifier vos historiques. Car une droite ne dit la vérité que si vos compteurs la disent aussi.

La signature énergétique : définir la droite consommation-DJU, puis la tracer

Une définition : la consommation de chauffage en fonction des degrés-jours

La signature énergétique d'un bâtiment est la droite qui trace ses besoins de chauffe en fonction des degrés-jours, période après période. Chaque point associe l'énergie consommée au froid subi, calculé à partir de la température extérieure moyenne. À climat égal, les points retombent sur la droite : c'est le comportement de référence.

L'étiquette énergétique classe un actif du secteur tertiaire sur une échelle. La droite, elle, suit sa consommation énergétique réelle face au froid, hiver après hiver.

Les degrés-jours unifiés, thermomètre de la saison de chauffe

Les degrés-jours unifiés (DJU) mesurent de combien la température extérieure passe, chaque jour, sous une référence. À 8 °C, une journée vaut 10 DJU en base 18 °C. Cumulés, ils chiffrent le froid d'une saison de chauffe.

Le saviez-vous ? Les DJU de référence publiés en France (Météo-France, COSTIC) sont calculés en base 18 °C. Certains guides suisses ou belges retiennent une autre base, ce qui déplace la pente et l'origine de la droite.

Le choix de la station et de l'année de référence se traite à part, dans notre page DJU et situation de référence.

Ce que révèlent la pente et l'ordonnée à l'origine

La pente, en kWh par DJU, traduit l'énergie ajoutée par degré-jour de froid ; divisée par 24 h, elle donne le coefficient de déperdition apparent du bâtiment, en kW/K. Elle mesure la sensibilité de l'enveloppe et de la régulation à l'hiver.

L'ordonnée à l'origine, le talon, regroupe ce qui consomme sans lien avec le froid : eau chaude sanitaire, process, besoins de chaleur permanents. La NF ISO 50006 traite ce type de modèle comme un indicateur de performance énergétique (IPÉ)[2][2]RéglementationAFNOR, « NF ISO 50006 », systèmes de management de l'énergie, évaluation de la performance énergétique à l'aide d'indicateurs de performance énergétique (IPÉ) et de situations énergétiques de référenceVoir dans les sources ↓. Reste à tracer la droite sur vos propres historiques.

Étape 1 : extraire les consommations de chauffage au bon pas de temps

Les relevés viennent du suivi des consommations : factures de gaz naturel, comptabilité énergétique, tableau de bord de suivi énergétique ou historiques de votre GTB bâtiment. Le pas de temps décide de ce que vous verrez. Au pas journalier ou hebdomadaire, les anomalies apparaissent. Au pas mensuel, elles se lissent.

Si l'installation de chauffage assure aussi la production d'eau chaude, prévoyez la mise en place d'un comptage séparé avant tout tracé.

Étape 2 : rapprocher chaque période des DJU de la même station

Prenez les DJU au même pas de temps que vos relevés, issus de la station météo la plus proche. En centre urbain, il faut parfois tenir compte d'un microclimat. Figez ensuite la base d'une année sur l'autre : sinon, la prise en compte du climat change alors que rien n'a bougé sur site.

Étape 3 : ajuster la droite de régression, un exemple chiffré

Exemple chiffré · immeuble de bureaux au gaz naturel Douze mois, une droite : la pente, le talon et le R²
0100200300400 0100200300400 DJU base 18 par mois MWh de chauffage par mois Pente : 950 kWh/DJU Talon : 4 000 kWh/mois R² = 0,98
Les mois d'été se serrent près du talon, les mois d'hiver montent le long de la pente. Un point qui s'écarte se repère d'un coup d'œil. Valeurs illustratives, sans lien avec un bâtiment réel.

Prenons un immeuble de bureaux chauffé au gaz naturel, suivi sur douze mois. Les valeurs sont illustratives. La droite de régression ressort avec une pente de 950 kWh par DJU et un talon de 4 000 kWh par mois. Cette pente se lit comme l'énergie consommée en plus pour chaque DJU supplémentaire.

Le coefficient R² dit si la droite explique le nuage. Proche de 1, il signifie que le froid pilote l'essentiel des kWh. La consommation annuelle attendue devient alors un repère. Un écart de 20 000 kWh se chiffre ensuite en euros, au prix moyen de votre contrat.

Lire les écarts : six signatures qui trahissent un problème d'exploitation

Points au-dessus de la droite et pente qui se redresse : repérer la dérive énergétique

Courbe commentée · six profils

Six signatures qui trahissent un problème d'exploitation

kWh de chauffage par jour
Droite de référence Points normaux Points anormaux Tendance observée
Ce que vous voyez
Cause probable côté GTB
Le test à demander à l'exploitant
Données illustratives.

Une dérive passe inaperçue sur une facture. Sur la droite, elle se voit : des points au-dessus du tracé, puis une pente qui se redresse d'un hiver à l'autre. Voici les six formes que nous retrouvons sur des historiques GTB, tracées en fonction des DJU. Chacune est présentée avec sa cause probable et le test à demander.

Lequel tester en premier ? Les points aberrants : une évolution due à un trou d'historique n'a rien d'une dérive du bâtiment. Le talon vient ensuite, parce qu'il se corrige le plus simplement. La pente et la dispersion passent en dernier : elles mettent en cause la régulation elle-même.

Points aberrants isolés : le compteur avant le bâtiment

Un point isolé loin de la droite a rarement une cause thermique. Comptage déconnecté, coupure d'alimentation, trou d'historique, doublon : la donnée ment avant l'équipement. Croisez-la avec le suivi des consommations et la comptabilité énergétique.

Vous voulez savoir lequel de ces six profils ressemble à votre bâtiment ? Nous traçons la droite sur vos historiques GTB réels.

Planifier un audit

Reste à savoir ce que cette même droite doit prouver, selon qu'elle sert l'exploitant, OPERAT ou un contrat de performance.

Une même droite, quatre usages dans le cadre français

Diagnostic, OPERAT, IPMVP, BACS : ce que chaque usage exige des données

En France, la même régression consommation-DJU sert quatre usages. Ils n'exigent ni le même pas de temps ni la même profondeur d'historique.

Usage Historique requis Qui l'exige ou l'utilise Ce qu'on en tire Piège fréquent
Diagnostic d'exploitation Pas journalier ou hebdomadaire Le maître d'ouvrage et son exploitant Les dérives, au fil de l'eau Le pas mensuel lisse tout
Décret tertiaire (OPERAT) Consommations annuelles Le dispositif éco-énergie tertiaire[4][4]RéglementationLégifrance, « Décret n° 2019-771 relatif aux obligations d'actions de réduction de la consommation d'énergie finale dans des bâtiments à usage tertiaire »Voir dans les sources ↓ L'ajustement climatique des consommations Une année de référence mal ajustée
Baseline IPMVP option C Période de référence couvrant un cycle complet Les parties d'un contrat de performance[5][5]RéférentielsEVO, « International Performance Measurement and Verification Protocol (IPMVP) », option C « bâtiment entier »Voir dans les sources ↓ Des économies mesurées Un changement d'usage non documenté
BACS Pas horaire, conservé au pas mensuel pendant cinq ans[6][6]RéglementationLégifrance, « Code de la construction et de l'habitation, article R.175-3 »Voir dans les sources ↓ L'article R.175-3 du CCH[6][6]RéglementationLégifrance, « Code de la construction et de l'habitation, article R.175-3 »Voir dans les sources ↓ La détection des pertes d'efficacité Confondre capacité et méthode

Sur le BACS, les échéances ont bougé. Les bâtiments de plus de 290 kW sont soumis depuis le 1er janvier 2025[1][1]RéglementationLégifrance, « Décret n° 2020-887 du 20 juillet 2020 relatif au système d'automatisation et de contrôle des bâtiments non résidentiels et à la régulation automatique de la chaleur », codifié aux articles R.175-1 et suivants du CCHVoir dans les sources ↓. Ceux de 70 à 290 kW le seront au plus tard le 1er janvier 2030, après report[3][3]RéglementationLégifrance, « Décret n° 2025-1343 », report de l'échéance BACS des bâtiments de 70 à 290 kW au 1er janvier 2030Voir dans les sources ↓ ou dès le renouvellement de leur système de chauffage ou de climatisation. Les bâtiments neufs restent hors report.

Le texte exige de savoir détecter une perte d'efficacité : le décret impose une capacité de détection, pas une méthode. La droite n'est qu'un moyen parmi d'autres. Dans cet environnement réglementaire, un historique fiable sert les quatre usages. Un historique troué n'en sert aucun.

Avant de croire la droite, sept vérifications à mener

Sept points à contrôler avec l'exploitant

Encadré checklist · à faire avec l'exploitant

Avant de croire la droite

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Cochez les points déjà vérifiés avec votre exploitant.

Une régression propre sur des historiques faux reste fausse. Avant de présenter la droite en comité, nous passons sept points en revue avec l'exploitant, comptage en tête. Cochez ceux que vous avez déjà vérifiés.

Deux cases vides suffisent à douter du tracé. Le premier chantier porte alors sur l'état du comptage et la séparation de l'eau chaude sanitaire. Chez Foobot, l'ordre ne change pas : fiabiliser d'abord, optimiser ensuite et l'IA seulement si la complexité le justifie. Le maître d'ouvrage y gagne une droite qu'il peut discuter point par point avec son exploitant.

Ce que Foobot fait d'une signature énergétique sur vos historiques GTB

AMO GTB : fiabiliser les compteurs et supprimer les marches forcées

Quand la droite ment, la cause est rarement thermique. Notre AMO GTB commence par la fiabilisation des compteurs : déconnexions, trous d'historique, doublons, pics inexpliqués. Elle se poursuit côté exploitation, avec la suppression des overrides (marches forcées), des séquences remises en cohérence et des alarmes qui servent. Le maître d'ouvrage dispose alors d'un historique sur lequel tracer la droite. Ce travail vaut en lui-même, sans phase IA derrière.

Une droite à retracer à chaque saison de chauffe

Tracer la droite demande peu d'outillage. La vérifier demande davantage : comptage, base de DJU, séparation des usages. Une fois cet état des lieux fait, chaque écart désigne un endroit précis où agir. Ce peut être un horaire, une marche forcée oubliée ou une relance trop précoce. Le sujet ne se règle pas une fois pour toutes. Une droite juste à la réception se décale dès que l'exploitation relâche. Retracez-la à chaque hiver et comparez-la à la précédente. Vous préférez qu'un modèle la surveille entre deux saisons ? Nous le faisons sur votre GTB existante, sans travaux.

détecter la dérive en continu

Pour aller plus loin :

FAQ - signature énergétique

Qu'est-ce que la signature énergétique ?

C'est la droite qui relie la consommation de chauffe d'un bâtiment aux DJU de chaque période. Sa pente mesure la sensibilité au froid, son ordonnée le talon. Les points qui s'en écartent signalent un défaut d'exploitation à investiguer.

Comment optimiser la consommation d'énergie ?

Réglez avant d'investir : consignes, plages horaires, heure de relance. Ces gestes utiles réduisent la consommation énergétique sans travaux. Convertissez ensuite chaque kWh évité au prix moyen de votre contrat pour arbitrer les actions suivantes. 👉 Le pilotage vient après le réglage.

Quels sont les indicateurs de performance énergétique ?

Sur la droite, trois indicateurs suffisent : la pente en kWh/DJU, le talon et la dispersion des points. La NF ISO 50006 range ce type de mesure parmi les IPÉ[2][2]RéglementationAFNOR, « NF ISO 50006 », systèmes de management de l'énergie, évaluation de la performance énergétique à l'aide d'indicateurs de performance énergétique (IPÉ) et de situations énergétiques de référenceVoir dans les sources ↓. Suivez leur évolution d'une saison à l'autre pour piloter la performance énergétique.

Comment lire l'étiquette énergétique ?

L'étiquette énergétique donne un classement annuel du bâtiment. En tertiaire, elle indique où vous vous situez, sans dire comment vous exploitez. La droite consommation-DJU mesure ce comportement réel, période par période. Elle montre aussi où se perd l'écart.

Quels outils pour le suivi énergétique ?

Le suivi énergétique repose sur trois sources : les historiques GTB, la comptabilité énergétique issue des factures et un tableau de bord partagé avec l'exploitant. Un tableur suffit pour le suivi des consommations, à condition que le comptage soit fiable.

Comment réduire les consommations d'énergie ?

Corrigez d'abord les dérives : overrides (marches forcées) jamais levés, circuits de chauffe maintenus hors saison, relance trop précoce. Chaque correction se lit sur la droite dès la période suivante. 👉 Les gains sans travaux commencent par l'exploitation.

Quels sont les enjeux de la transition énergétique ?

Pour un parc tertiaire, la transition énergétique passe par deux textes. Le premier est le décret tertiaire[4][4]RéglementationLégifrance, « Décret n° 2019-771 relatif aux obligations d'actions de réduction de la consommation d'énergie finale dans des bâtiments à usage tertiaire »Voir dans les sources ↓. Le second est le décret BACS, applicable depuis le 1er janvier 2025 au-delà de 290 kW[1][1]RéglementationLégifrance, « Décret n° 2020-887 du 20 juillet 2020 relatif au système d'automatisation et de contrôle des bâtiments non résidentiels et à la régulation automatique de la chaleur », codifié aux articles R.175-1 et suivants du CCHVoir dans les sources ↓. L'enjeu commun reste de prouver des économies mesurées plutôt que déclarées.

Sources

Sources et références

7 sources.


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