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CRREM : comment lire la trajectoire de vos actifs et dater leur échouage

Calculez la date d'échouage de vos actifs avec le CRREM et identifiez les leviers d'exploitation qui la repoussent sans travaux.

Adrien Lafond
14 min de lecture

Votre date d'échouage peut avancer sans qu'une seule vanne ait bougé dans l'immeuble. Elle se déplace quand la trajectoire CRREM est révisée et quand l'exploitation dérive.

Pour les actifs de votre parc immobilier, le risque de stranding se lit en confrontant cette courbe à vos émissions et à votre consommation énergétique réelles. Voici comment lire la courbe, calculer une date sur une donnée fiable, puis identifier les actions qui la repoussent.

Le CRREM, un référentiel de risque de transition : trajectoires, échouage et enjeux pour l'immobilier

Un projet de recherche européen devenu standard volontaire

Le CRREM, pour Carbon Risk Real Estate Monitor, est un outil qui traduit l'Accord de Paris en trajectoires de décarbonation par immeuble. Il fixe, par pays et par usage, l'intensité énergétique et carbone qu'un actif ne doit pas dépasser chaque année pour rester compatible avec la limitation du réchauffement climatique.

L'Union européenne a financé un projet de recherche[1][1]RéférentielsCRREM, « Carbon Risk Real Estate Monitor », projet de recherche financé par l'Union européenne ; Reference Guide, Assessment Guide et révision des Energy Pathways et des facteurs d'émissionVoir dans les sources ↓, pas un texte réglementaire. Le CRREM immobilier reste donc un standard volontaire, devenu le repère du secteur immobilier pour chiffrer le risque de transition immobilier. Les textes d'origine, rédigés en anglais, parlent de transition risk lié au climate change. Pour un propriétaire, l'intérêt est concret : évaluer tout un portefeuille avec la même grille. Le référentiel sert de contrôle de cohérence à toute démarche d'immobilier durable qui prétend tenir dans la durée.

Ce que mesure le CRREM : les émissions d'exploitation, pas le bilan carbone

L'outil CRREM regarde les émissions d'exploitation : les gaz à effet de serre issus de l'électricité, du gaz ou des réseaux de chaleur consommés sur douze mois, rapportés au m². La construction, les matériaux et l'empreinte carbone complète restent hors champ. Un bon bilan carbone ne garantit donc pas une bonne trajectoire. L'analyse du risque carbone se joue sur la consommation réelle, relevée sur site compteur par compteur.

Deux courbes alignées sur l'Accord de Paris : kWh/m² et kgCO2e/m²

Le référentiel publie deux courbes : une trajectoire énergétique en kWh/m²/an et une trajectoire carbone immobilier en kgCO2e/m²/an. Elles déclinent l'Accord de Paris, qui vise à contenir le réchauffement nettement en dessous de 2 °C en poursuivant l'effort vers 1,5 °C[2][2]RéglementationNations unies (CCNUCC), « Accord de Paris », article 2Voir dans les sources ↓. Le schéma ci-dessous montre comment un même actif se lit sur chacune d'elles.

Tant que la valeur mesurée reste sous la trajectoire CRREM, l'actif tient son budget climatique. Le moment où la courbe mesurée franchit la trajectoire marque l'échouage. Le lien avec les objectifs SBTi (Science Based Targets initiative), qui encadrent la réduction des émissions d'une entreprise, relève d'une autre logique traitée en FAQ.

Des trajectoires par pays et par usage, révisées dans le temps

Chaque courbe dépend du pays et de la typologie : un bureau, un hôtel ou un commerce n'ont pas la même pente. Ces CRREM pathways bougent aussi dans le temps. Les facteurs d'émission sont actualisés, notamment ceux de l'électricité et des réseaux de chaleur. La méthodologie des Energy Pathways a également été révisée[1][1]RéférentielsCRREM, « Carbon Risk Real Estate Monitor », projet de recherche financé par l'Union européenne ; Reference Guide, Assessment Guide et révision des Energy Pathways et des facteurs d'émissionVoir dans les sources ↓.

Le saviez-vous ? L'année de stranding d'un actif peut se déplacer à la révision des trajectoires ou des facteurs d'émission, sans qu'aucun équipement ait changé dans l'immeuble[1][1]RéférentielsCRREM, « Carbon Risk Real Estate Monitor », projet de recherche financé par l'Union européenne ; Reference Guide, Assessment Guide et révision des Energy Pathways et des facteurs d'émissionVoir dans les sources ↓. Chaque mise à jour des CRREM data impose donc de refaire le calcul.

Une date livrée sans la version de trajectoire qui l'a produite ne se compare à rien. Suivre l'actualité du référentiel fait partie du travail, au même titre que le relevé des compteurs.

Stranded asset : quand un actif sort de sa trajectoire

Un stranded asset désigne un actif dont l'intensité mesurée dépasse sa trajectoire. Pour un asset manager immobilier comme pour un propriétaire, la date d'échouage change la nature de la décision : on quitte le raisonnement en retour sur investissement pour entrer dans celui du risque climatique immobilier.

Un actif échoué reste louable. Il porte simplement un risque d'obsolescence environnementale que le secteur immobilier commence à facturer.

Risque d'échouage et brown discount : deux risques à ne pas confondre

La date d'échouage constate une sortie de trajectoire, établie sur des intensités mesurées.

Le brown discount est une décote de valeur, observée à la cession ou au refinancement des actifs immobiliers. Le premier annonce souvent le second sans s'y réduire : un bureau échoué ne perd pas sa valeur le lendemain. Nous détaillons ce lien dans notre article sur la valeur verte et le brown discount.

Financement vert, CSRD, SFDR et GRESB : où le CRREM pèse réellement

Le référentiel sert de repère dans le reporting ESG : publications au titre de la SFDR[3][3]RéglementationEUR-Lex, « Règlement (UE) 2019/2088 sur la publication d'informations en matière de durabilité dans le secteur des services financiers » (SFDR)Voir dans les sources ↓ et de la CSRD[4][4]RéglementationEUR-Lex, « Directive (UE) 2022/2464 en ce qui concerne la publication d'informations en matière de durabilité par les entreprises » (CSRD)Voir dans les sources ↓, notation GRESB, conditions d'un prêt vert. Aucun texte ne l'impose. Les enjeux du CRREM sont financiers : il ne relève d'aucun cadre de conformité et structure une stratégie de performance durable que les financeurs savent lire. Pour un propriétaire qui gère un portefeuille, il devient la base d'une feuille de route de décarbonation datée actif par actif. La réglementation française suit une autre logique : les -40 % en 2030 du décret tertiaire[5][5]RéglementationLégifrance, « Décret n° 2019-771 du 23 juillet 2019 relatif aux obligations d'actions de réduction de la consommation d'énergie finale dans des bâtiments à usage tertiaire » (décret tertiaire)Voir dans les sources ↓ s'imposent, alors que la trajectoire du référentiel se choisit.

Calculer la date d'échouage d'un immeuble

Les données d'entrée de l'outil CRREM

L'outil CRREM se nourrit de consommations réelles par énergie (électricité, gaz, réseaux de chaleur ou de froid) sur douze mois complets. S'y ajoutent les surfaces, la part consommée par les preneurs et le photovoltaïque, dont l'autoconsommation individuelle obéit aux règles du Référence Guide CRREM et de l'Assessment Guide. Les émissions s'en déduisent ensuite par facteur carbone. Dans un immeuble de bureaux, ces données sortent de la GTB, obligatoire dans les bâtiments tertiaires de plus de 290 kW depuis le 1er janvier 2025[6][6]RéglementationLégifrance, « Décret n° 2020-887 du 20 juillet 2020 relatif au système d'automatisation et de contrôle des bâtiments non résidentiels » (décret BACS), échéance des systèmes de 70 à 290 kW reportée au 1er janvier 2030 par le décret n° 2025-1343 du 26 décembre 2025Voir dans les sources ↓. Encore faut-il qu'elles soient exploitables.

Du point de croisement à la stranding year

La méthode du Référence Guide CRREM et de l'Assessment Guide compare, exercice après exercice, l'intensité mesurée de l'actif à sa trajectoire CRREM. L'année où les deux courbes se croisent devient la stranding year, la date d'échouage qui fixe le risque carbone de l'immeuble. À l'échelle d'un portefeuille, chaque actif reçoit ainsi sa propre échéance. Ce croisement reste sensible à chaque hypothèse : un facteur d'émission actualisé ou une version de trajectoire différente suffit à le déplacer. Reste une variable que le calcul ne voit pas, alors qu'elle décide du retour vers une trajectoire bas carbone : l'exploitation quotidienne.

La dérive d'exploitation avance la date d'échouage sans travaux

Un même bâtiment, trois profils face à la trajectoire

Courbe commentée · schéma sans valeurs

Un même bureau, trois exploitations face à la trajectoire CRREM

Intensité carbone Années Trajectoire CRREM Dérive : croisement avancé Remise au carré Remise au carré : croisement retrouvé
L'année de stranding dépend de la trajectoire et aussi de l'exploitation quotidienne.

Prenons un immeuble de bureaux certifié BREEAM à la livraison, dont la consommation passe alors sous la trajectoire CRREM. La courbe suivante suit ce même immeuble selon trois façons de l'exploiter, face à une trajectoire carbone qui descend d'un exercice à l'autre. Basculez d'un profil à l'autre pour voir le croisement se déplacer.

En dérive énergétique, quelques kWh de plus chaque hiver font glisser le croisement vers la gauche. L'actif entre alors plus tôt en obsolescence environnementale. La remise au carré le ramène vers la droite, sans un seul euro de travaux.

Le certificat BREEAM n'y change rien. L'année de stranding dépend aussi de l'exploitation quotidienne : le risque de stranding comme le risque d'obsolescence se jouent en chaufferie autant qu'en travaux.

Rénovation lourde ou pilotage de l'existant : quels leviers font reculer la date ?

Les leviers d'exploitation, sans travaux

Ces actions jouent sur la consommation dès la saison suivante, sans travaux :

• suppression des overrides (marches forcées) dans la supervision • relance par zone au lieu d'une relance globale • réglage des boucles d'eau chaude et d'eau glacée • fiabilisation des compteurs de consommation

Aucune ne remplace une isolation. Chacune rapproche pourtant un immeuble de bureaux d'une trajectoire bas carbone avec l'installation en place. Cette approche par l'exploitation donne au propriétaire des économies mesurées avant d'arbitrer le CAPEX.

Les leviers de rénovation et de changement d'énergie

Côté CAPEX, les options s'appellent isolation de l'enveloppe, remplacement de la production et changement d'énergie, par exemple un raccordement aux réseaux de chaleur urbains. Chacune mobilise un investissement lourd et des mois de chantier. L'effet sur l'intensité carbone dépend du facteur d'émission de la nouvelle énergie[1][1]RéférentielsCRREM, « Carbon Risk Real Estate Monitor », projet de recherche financé par l'Union européenne ; Reference Guide, Assessment Guide et révision des Energy Pathways et des facteurs d'émissionVoir dans les sources ↓ : passer du gaz à l'électricité ne produit pas la même réduction d'un pays européen à l'autre. Le calcul ignore en revanche l'empreinte carbone du chantier lui-même.

Délai, effet carbone, vérifiabilité : comparer les deux familles

Avant de signer, comparez les deux familles sur les critères qui pèsent réellement dans la date d'échouage.

Pour aller plus loin :

fiabiliser la donnée d'entrée

Auto-vérification · 7 points

Ce qu'il faut vérifier dans vos données avant qu'on calcule votre année de stranding

Cochez un point quand votre exploitant y répond preuves à l'appui.
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Votre date est probablement fragile si…

    FAQ - CRREM

    Pourquoi la trajectoire CRREM est-elle importante pour les investisseurs ?

    Elle traduit un objectif climatique en date d'échouage lisible. Pour un investisseur, cette date signale les actifs immobiliers exposés à une perte de valeur. Elle oriente chaque décision d'investissement et nourrit le reporting ESG attendu par les financeurs et GRESB.

    Quel est le lien entre le CRREM et les Science Based Targets (SBTi) ?

    Les deux démarches partagent une logique science based : décliner l'objectif de l'Accord de Paris en trajectoire de réduction[2][2]RéglementationNations unies (CCNUCC), « Accord de Paris », article 2Voir dans les sources ↓. Le référentiel fournit des courbes propres à l'immobilier, par pays et par usage, qu'une démarche SBTi peut mobiliser pour le parc bâti.

    Qu’est-ce que la méthode CRREM ?

    La méthode CRREM (Carbon Risk Real Estate Monitor) compare l'intensité mesurée d'un bâtiment, en kWh/m² et en kgCO2e/m², à une trajectoire alignée sur l'Accord de Paris. L'analyse fixe l'année où l'actif sort de la courbe : sa date d'échouage.

    Le CRREM est-il obligatoire ?

    Non. Le référentiel reste volontaire : aucun texte n'impose son usage. En pratique, les financeurs, les investisseurs institutionnels et GRESB l'intègrent ou le valorisent. En France, la conformité réglementaire passe par le décret tertiaire et le décret BACS[5][5]RéglementationLégifrance, « Décret n° 2019-771 du 23 juillet 2019 relatif aux obligations d'actions de réduction de la consommation d'énergie finale dans des bâtiments à usage tertiaire » (décret tertiaire)Voir dans les sources ↓[6][6]RéglementationLégifrance, « Décret n° 2020-887 du 20 juillet 2020 relatif au système d'automatisation et de contrôle des bâtiments non résidentiels » (décret BACS), échéance des systèmes de 70 à 290 kW reportée au 1er janvier 2030 par le décret n° 2025-1343 du 26 décembre 2025Voir dans les sources ↓.

    Quelle est la différence entre CRREM et décret tertiaire ?

    Le décret tertiaire est une obligation réglementaire : il impose de réduire la consommation d'énergie finale des bâtiments tertiaires, avec -40 % en 2030[5][5]RéglementationLégifrance, « Décret n° 2019-771 du 23 juillet 2019 relatif aux obligations d'actions de réduction de la consommation d'énergie finale dans des bâtiments à usage tertiaire » (décret tertiaire)Voir dans les sources ↓. Le référentiel reste un repère volontaire, qui suit aussi l'intensité carbone face à une trajectoire climatique.

    Quels sont les objectifs du CRREM ?

    Rendre mesurable le risque de transition des bâtiments face au changement climatique. Le référentiel traduit les objectifs de décarbonation en trajectoires par pays et par usage. Il permet ainsi de repérer à temps les actifs qui sortiront de la courbe.

    Quels acteurs utilisent le CRREM ?

    Les asset managers, les foncières et les investisseurs institutionnels l'utilisent pour piloter leurs portefeuilles. Les financeurs s'en servent pour évaluer les prêts adossés aux immeubles. Dans le secteur immobilier, GRESB y fait également référence pour noter la performance climatique.

    SourcesSources et références

    6 sources. Les renvois numérotés du texte correspondent aux documents suivants.
    Réglementation5
    1. [2]Nations unies (CCNUCC), « Accord de Paris », article 212/2015↑ 1 2
    2. [3]EUR-Lex, « Règlement (UE) 2019/2088 sur la publication d'informations en matière de durabilité dans le secteur des services financiers » (SFDR)27/11/2019↑
    3. [4]EUR-Lex, « Directive (UE) 2022/2464 en ce qui concerne la publication d'informations en matière de durabilité par les entreprises » (CSRD)14/12/2022↑
    4. [5]Légifrance, « Décret n° 2019-771 du 23 juillet 2019 relatif aux obligations d'actions de réduction de la consommation d'énergie finale dans des bâtiments à usage tertiaire » (décret tertiaire)23/07/2019↑ 1 2 3
    5. [6]Légifrance, « Décret n° 2020-887 du 20 juillet 2020 relatif au système d'automatisation et de contrôle des bâtiments non résidentiels » (décret BACS), échéance des systèmes de 70 à 290 kW reportée au 1er janvier 2030 par le décret n° 2025-1343 du 26 décembre 202520/07/2020↑ 1 2
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