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Plan de mesure et vérification : le contenu à exiger et les clauses à refuser

Exigez un plan de mesure et vérification conforme à l'IPMVP : 15 rubriques, référence fiable, clauses à refuser avant de signer.

Adrien Lafond
15 min de lecture

Une économie d'énergie ne se mesure pas. C'est une consommation qui n'a pas eu lieu, donc un calcul. Celui qui écrit le calcul tient le résultat. Dans un projet de performance énergétique, le plan de mesure et vérification annexé au contrat n'a souvent qu'un auteur : celui qui vend le gain. Voici ce que ce document doit contenir pour votre bâtiment et ce qu'il faut refuser avant de signer.

Le plan de mesure et vérification, règles du jeu d'un engagement de performance

Définition d'un plan de M&V et place dans le protocole IPMVP

Le plan de mesure et vérification (PMV) fixe, avant les travaux ou la mise en service, la méthode de calcul d'une économie d'énergie. Il définit le périmètre, la période de référence, les ajustements, les compteurs et le format du rapport. C'est la pièce qui fonde toute démarche de mesure et vérification PMV conforme au protocole IPMVP.

L'IPMVP, pour International Performance Measurement and Verification Protocol, existe depuis 1997 et est tenu à jour par l'EVO, Efficiency Valuation Organization[1][1]Études et rapportsEfficiency Valuation Organization (EVO), « International Performance Measurement and Verification Protocol (IPMVP) »Voir dans les sources ↓. Ses principes fondamentaux tiennent en une idée : une économie s'obtient par différence entre une référence ajustée et une consommation mesurée[1][1]Études et rapportsEfficiency Valuation Organization (EVO), « International Performance Measurement and Verification Protocol (IPMVP) »Voir dans les sources ↓.

Les normes ISO 50015 et ISO 50001 complètent ce cadre sans le remplacer[2][2]Études et rapportsISO, « ISO 50015:2014, Mesurage et vérification de la performance énergétique des organismes » et « ISO 50001:2018, Systèmes de management de l'énergie »Voir dans les sources ↓. Une certification ISO 50001 atteste un système de management de l'énergie. Elle ne garantit pas l'exactitude d'une économie annoncée.

À quoi sert un plan de M&V dans un CPE ou une garantie de résultat ?

Dans un contrat de performance énergétique ou une garantie de résultat, le plan de M&V d'un CPE transforme une promesse en économie opposable. Sa finalité : fonder les bonus, les pénalités et le retour sur investissement de vos travaux.

Un projet d'efficacité énergétique sans PMV garantit un chiffre que personne ne sait recalculer. Un cahier des charges de marché global de performance l'illustre : son plafond de consommation ne vaut que par la méthode de mesure et vérification qui l'accompagne[3][3]PDFÉtudes et rapportsEGF BTP, « Cahier des charges d'un marché global de performance »Voir dans les sources ↓.

Le saviez-vous ? Le dispositif Éco Énergie Tertiaire suit la consommation annuelle de chaque bâtiment tertiaire de 1 000 m² et plus sur la plateforme OPERAT[4][4]RéglementationLégifrance, « Décret n° 2019-771 du 23 juillet 2019 relatif aux obligations d'actions de réduction de la consommation d'énergie finale dans des bâtiments à usage tertiaire »Voir dans les sources ↓. Il ne dit pas quelle action a produit la baisse. Le décret n'impose d'ailleurs pas l'IPMVP.

Qui rédige le plan de M&V et à quel moment du projet ?

Le rédacteur habituel est le titulaire du contrat ou un bureau d'ingénierie qu'il mandate. Le maître d'ouvrage l'écrit rarement lui-même. Le document s'annexe au contrat, comme le prévoit tout modèle de CPE sérieux, avant les travaux ou la mise en service du pilotage.

Votre démarche se joue donc avant la signature. Passé ce cap, la mise en œuvre suit une méthode déjà figée.

La compétence du rédacteur pèse autant que sa prestation. Les titres PMVA et PMVE de l'EVO[1][1]Études et rapportsEfficiency Valuation Organization (EVO), « International Performance Measurement and Verification Protocol (IPMVP) »Voir dans les sources ↓, le CMVP de l'AEE et le certificat d'AFNOR Certification, entité du groupe AFNOR[7][7]Études et rapportsAFNOR Certification, « Certification de personnes Référent en mesure et vérification de la performance énergétique »Voir dans les sources ↓, valident une formation au protocole international de mesure. Nous y revenons plus bas.

Chaîne de responsabilité d'un PMV

Quatre maillons, un seul auteur du calcul

Faites défiler pour voir les quatre maillons →
  1. Maillon 1 Maître d'ouvrage Vous, qui payez le gain ÉcritRarement le plan. Il signe l'annexe au contrat. MesureSes factures, rarement plus. Peut contesterLa référence et les ajustements, s'il détient les données brutes.
  2. Maillon 2 Titulaire du contrat CPE, garantie de résultat ou pilotage ÉcritLe plan le plus souvent, puis le rapport de M&V. MesureAvec ses compteurs et son outil. Peut contesterLes dérives d'exploitation qui pèsent sur son gain.
  3. Maillon 3 Exploitant Conduite quotidienne des installations ÉcritLes consignes et les overrides (marches forcées). MesureLes relevés et les historiques GTB. Peut contesterUne référence qui ignore les contraintes d'exploitation.
  4. Maillon 4 Vérificateur tiers Sans économie à vendre ÉcritUn avis motivé sur le calcul. MesureIl refait le calcul depuis les données brutes. Peut contesterTout résultat qu'il ne peut pas reproduire.
Cinq questions à poser avant de signer
  1. Qui a fixé la référence ?
  2. Qui décide des ajustements non routiniers ?
  3. Qui détient les données brutes ?
  4. Qui paie la vérification ?
  5. Qui tranche un désaccord ?

Le contenu d'un plan de M&V conforme à l'IPMVP, rubrique par rubrique

Rubriques 1 et 2 : l'action mesurée, l'option IPMVP et le périmètre de mesure

Un plan M&V conforme à l'IPMVP s'organise en treize rubriques dans les éditions 2012 et 2016 ; l'édition 2022 en ajoute deux, la vue d'ensemble de l'installation et les exigences de vérification opérationnelle[1][1]Études et rapportsEfficiency Valuation Organization (EVO), « International Performance Measurement and Verification Protocol (IPMVP) »Voir dans les sources ↓ :

  1. L'action d'économie mesurée
  2. L'option IPMVP et le périmètre
  3. La période de référence
  4. La période de suivi
  5. La base des ajustements
  6. La procédure d'analyse
  7. Le prix de l'énergie retenu
  8. Les spécifications des compteurs
  9. Les responsabilités du suivi
  10. La précision attendue
  11. Le budget de la M&V
  12. Le format des rapports
  13. L'assurance qualité

Le choix de l'option, à la rubrique 2, conditionne tout le reste. Une régulation sans travaux ne se mesure pas comme le remplacement d'un générateur. Le tableau suivant décline l'IPMVP option par option sur quatre actions courantes d'un projet tertiaire.

L'option IPMVP selon l'action mesurée Quatre actions courantes d'un projet tertiaire · options A à D de l'IPMVP (EVO)
ActionOption la plus courantePérimètre de mesureAjustements dominantsDurée de référencePoint de vigilance
Remplacement d'un générateur
Avec travaux
A B Compteur d'énergie sur la production du générateur. DJU. Une saison de chauffe complète. L'écart entre le rendement mesuré et la consommation lue au réseau.
Isolation de l'enveloppe
Avec travaux
C voire D Compteurs généraux du bâtiment. DJU, occupation, surfaces. 12 mois minimum. Un effet faible, noyé dans les autres usages du bâtiment.
Remplacement d'une CTA
Avec travaux
B Compteur des ventilateurs, énergie des batteries. Heures de fonctionnement, occupation. Un cycle annuel complet dès que les batteries dépendent du climat. Des overrides (marches forcées) qui faussent la référence.
Régulation ou pilotage du CVC sur la GTB existante
Sans travaux
B si le CVC est sous-compté, sinon C Compteurs et historiques GTB. DJU, ensoleillement, occupation. Un cycle annuel complet. La tenue du gain dans le temps, longtemps après la mise en service.
A : isolation de l'action et mesure des paramètres clés · B : isolation et mesure de tous les paramètres · C : bâtiment entier sur compteurs généraux · D : simulation calibrée. Aucune fourchette de gain : le potentiel se chiffre sur les historiques réels du bâtiment.

La dernière ligne du tableau concerne directement les projets de pilotage : l'option B ou C suppose un cycle complet de fonctionnement, en pratique douze mois, en référence puis en suivi. Un gain de régulation pèse peu face aux autres usages du bâtiment. Sur une période trop courte, il disparaît dans le bruit des compteurs.

Rubriques 8 à 10 : compteurs, responsabilités du suivi et précision attendue

Les outils de la M&V sont connus : compteurs, historisation de la GTB et energy management, souvent appelé GTE pour gestion technique énergétique. La rubrique 8 précise leurs spécifications techniques et le pas de temps, à l'heure ou au jour. La rubrique 9 désigne qui relève quoi et qui contrôle la qualité de chaque donnée.

La rubrique 10 fixe la précision attendue, autrement dit l'incertitude statistique acceptée. Sans elle, la mise en place de la mesure et vérification devient une affaire d'interprétation, chacun avec son outil.

Ce qui manque dans la plupart des plans de M&V et comment relire celui de l'opérateur

Une situation de référence bâtie sur des données que personne n'a qualifiées

Grille de recevabilité · 8 questions

Votre situation de référence tiendrait-elle face à un tiers ?

Répondez critère par critère. Le verdict reste indicatif : il se confirme toujours sur les historiques réels du bâtiment.
  1. Disposez-vous d'au moins 12 mois d'historique continu, avec une saison de chauffe et une saison de froid ?
  2. Les compteurs du périmètre relèvent-ils au moins au pas horaire ?
  3. Les trous de données et les doublons sont-ils identifiés et traités ?
  4. Chaque compteur est-il affecté avec certitude à l'usage ou à la zone mesurée ?
  5. Les compteurs sont-ils restés connectés et inchangés pendant toute la période ?
  6. La période est-elle exempte de tout override (marche forcée) actif ?
  7. Les DJU, l'occupation et les surfaces sont-ils disponibles sur la même période ?
  8. Les données brutes sont-elles accessibles au maître d'ouvrage hors de l'outil de l'opérateur ?
0 / 8 réponses
Aucun score de gain : cette grille juge la solidité de la référence, pas l'économie à venir.

Une référence calculée sur des historiques troués, sur des compteurs mal affectés ou sur une période sous overrides (marches forcées) fausse toute l'économie qui en découle. Pourtant, rares sont les plans qui exigent de qualifier ces données avant de les figer.

La réglementation fournit souvent la matière. Le décret BACS n° 2020-887 impose un suivi horaire des consommations par zone fonctionnelle[5][5]RéglementationLégifrance, « Décret n° 2020-887 du 20 juillet 2020 relatif au système d'automatisation et de contrôle des bâtiments non résidentiels et à la régulation automatique de la chaleur »Voir dans les sources ↓. Les bâtiments de plus de 290 kW y sont soumis depuis le 1er janvier 2025, ceux de 70 à 290 kW à partir du 1er janvier 2030 après un report[6][6]RéglementationLégifrance, « Décret n° 2025-1343 du 26 décembre 2025 modifiant les dates d'application des obligations concernant les systèmes d'automatisation et de contrôle des bâtiments tertiaires », report au 1er janvier 2030 de l'échéance des bâtiments de 70 à 290 kW | JORF du 27/12/2025Voir dans les sources ↓. Voici les huit questions à vous poser avant de valider la référence, que l'historique vienne de la GTB ou d'un outil d'energy management.

Chaque « Non » ou « Je ne sais pas » mérite une réserve écrite au contrat. Exigez aussi l'accès aux données brutes : un plan de mesure qui renvoie à l'outil de l'opérateur ne se vérifie pas.

Un plan muet sur la tenue du gain quand l'exploitation dérive

Un gain de pilotage ne tient pas tout seul. Les overrides (marches forcées) s'accumulent, une consigne remonte après une plainte VIP (le directeur du dernier étage qui réclame ses 24 °C toute l'année, déjà vu maintes fois) et la dérive énergétique s'installe. Rien de tout cela n'appelle de travaux.

Un plan qui cesse de mesurer après la réception certifie un gain qu'il ne suivra jamais. Une option IPMVP mal choisie ou une période de suivi trop courte rend cette dérive invisible. Sur un projet de pilotage, l'efficacité énergétique promise se suit pendant toute la durée du contrat.

Faire vérifier le plan par un praticien certifié

Une relecture vaut ce que vaut le relecteur. La certification CMVP (Certified Measurement and Verification Professional) est délivrée par l'AEE, Association of Energy Engineers. L'EVO a cessé de la cosigner en 2022 et délivre ses propres titres, PMVA et PMVE[1][1]Études et rapportsEfficiency Valuation Organization (EVO), « International Performance Measurement and Verification Protocol (IPMVP) »Voir dans les sources ↓. AFNOR Certification certifie de son côté des personnes « Référent en mesure et vérification de la performance énergétique »[7][7]Études et rapportsAFNOR Certification, « Certification de personnes Référent en mesure et vérification de la performance énergétique »Voir dans les sources ↓. Ces titres attestent une formation et une compétence individuelle. Demandez donc le nom du certifié qui signe le plan, pas seulement celui de la société.

Ce que Foobot apporte à un plan de mesure et vérification

AMO GTB : fiabiliser les compteurs avant de figer la référence

Une référence ne vaut pas mieux que les compteurs qui la nourrissent. Avec l'AMO GTB, nous traquons d'abord les déconnexions, les trous de données, les doublons et les dérives invisibles dans les historiques du bâtiment. La mise en place d'un comptage exploitable et historisé vient ensuite. Ce travail vaut en lui-même, qu'un engagement de performance suive ou non.

Pilotage IA : des gains mesurés selon l'IPMVP avec correction DJU

Preuve avant promesse. Chez Valeo, le Pilotage IA affiche -28,6 % de consommation de chauffage et d'électricité, mesurée selon le protocole IPMVP[8][8]Retour terrainFoobot, étude de cas Valeo, consommation CVC mesurée selon l'IPMVPVoir dans les sources ↓. C'est un cas mesuré, pas un engagement transposable à votre bâtiment. La régulation tourne toutes les 15 minutes, 24/7, via la GTB existante, sans travaux lourds. Les gains de performance énergétique restent auditables par un tiers.

Un plan de M&V se négocie avant la signature du contrat

Un plan de M&V signé tel que l'opérateur l'a écrit fixe les règles d'un jeu que vous ne contrôlez plus. Exigez les quinze rubriques de l'IPMVP 2022 et une référence bâtie sur des données qualifiées. Refusez les clauses unilatérales : ajustements laissés au titulaire, données brutes captives, rapport sans sources. Faites ensuite relire le document par quelqu'un qui n'a aucune économie à vendre. Le bon moment tombe avant la signature, pas après la première vérification. Pour une relecture de votre projet de PMV, vous pouvez nous contacter.

faire relire ou rédiger votre plan de M&V

Pour aller plus loin :

FAQ - plan de mesure et vérification

Qu’est-ce qu’un Plan de Mesure et Vérification ?

Un plan de mesure fixe, avant les travaux ou la mise en service, la méthode de calcul d'une économie selon l'IPMVP : périmètre, situation de référence, ajustements, compteurs et rapport. Annexé au contrat, il rend le gain recalculable par un tiers.

Quels sont les enjeux associés à la Mesure et Vérification ?

La mesure et vérification rend une économie opposable. Elle fonde les bonus, les pénalités et le retour sur investissement d'une garantie de résultat. Sans elle, le contrat promet un chiffre que personne ne sait recalculer.

Comment intégrer efficacement ce sujet à un projet de performance énergétique ?

Intégrez le PMV dès la consultation, avant les travaux, puis annexez-le au contrat. Sa mise en œuvre suppose des compteurs fiabilisés et une référence qualifiée. Une démarche ISO 50001 structure le suivi, sans remplacer le plan.

Quels sont les principes du protocole IPMVP?

L'IPMVP repose sur six principes fondamentaux : exactitude, exhaustivité, prudence, cohérence, pertinence et transparence. Ils s'imposent au rédacteur comme au vérificateur. Une certification ISO d'organisme ne les couvre pas : ils visent le calcul d'économie lui-même.

Comment évaluer les économies d'énergie?

On compare la consommation de référence ajustée à la consommation mesurée pendant le suivi, ajustements non routiniers compris. L'option IPMVP retenue fixe le périmètre : action isolée, bâtiment entier ou simulation calibrée. L'économie se calcule toujours.

Quels outils pour la mesure et vérification?

Les outils sont les compteurs d'énergie, l'historisation de la GTB et les logiciels d'energy management (GTE). Le meilleur outil ne suffit pas : la mesure et vérification exige des données brutes accessibles au pas horaire, sur toute la période.

Sources

Sources et références

8 sources.
Études et rapports4
  1. [1]Efficiency Valuation Organization (EVO), « International Performance Measurement and Verification Protocol (IPMVP) »↑ 1 2 3 4 5
  2. [2]ISO, « ISO 50015:2014, Mesurage et vérification de la performance énergétique des organismes » et « ISO 50001:2018, Systèmes de management de l'énergie »↑
  3. [3]EGF BTP, « Cahier des charges d'un marché global de performance »PDF↑
  4. [7]AFNOR Certification, « Certification de personnes Référent en mesure et vérification de la performance énergétique »↑ 1 2
Retour terrain1
  1. [8]Foobot, étude de cas Valeo, consommation CVC mesurée selon l'IPMVP↑


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